21 décembre 2006

Le paradis sur terre, c'est pour les imbéciles

Vivre sous les cocotiers, l'été comme seule saison, toute l'année, toute la vie. Un rêve inaccessible. 

Sauf que je vis cela depuis bientôt trois ans. Alors ça y est, le paradis sur terre, enfin?

Et oui, ici pas d'impôt, un salaire que beaucoup envierait, pas de conflit guerrier ou de convoitise étrangère, pas de risque terroriste à l'horizon, pas de métro bondé non plus  - d'ailleurs pas de métro -, pas d'heures de transport stériles, d'enfants qu'on ne voit que le week-end.

Le paradis, oui... On en vit des morceaux d'antologie tous les jours. Tenez, la semaine dernière par exemple, a été réactivié le niveau rouge du plan vigipirate. Pour faire comme à Paris. Mondialisation oblige. Ici aussi, au paradis, on risque gros, on est quand même 250 000 paumés au milieu du Pacifique et en plus répartis sur 118 îles, donc on prévient, principe élémentaire de précaution. Du moins on fait comme si. 
Alors on a vu deux braves militaires fortement armés, de Famas non chargés, déambuler dans l'aéroport de la colonie, l'air grave, beau,  et donc rassurant. On ne sait jamais. Deux sacs abandonnés ont d'ailleurs été découverts. Les deux militaires ont gardé les sacs, tout en délimitant un périmètre de sécurité de 5 mètres autout de ceux-ci. Les propriétaires étourdis sont venus les chercher deux heures plus tard. Ouf, heureusement qu'on les avait nos deux militaires. Le paradis est bien gardé. Les sacs aussi.

Le paradis, oui.  Assurément, si l'on oublie le tracas du travail, les embouteillages  - tout est relatif - , la grande pauvreté qui cotoie la richesse, le coût de la vie, la pollution des lagons, le poisson qui fout le camp, l'isolement, et le mal du pays parfois. Mais comment peut-on encore regretter un pays noir et froid, avec un taux de chomage au top 3 des départements de métropole, tout en étant ici, assis dans la ouate?

C'est que la nature humaine occidentale est ainsi faite, jamais satisfaite, toujours en quête d'un autrement, d'un ailleurs, ou d'un "au lieu de", culpabilisant "grave"  à la moindre once de bonheur potentiel, englués dans une épaisse couche d' apriori  judéo chrétien. Mettez n'importe qui n'importe où et faites lui faire n'importe quoi, pourvu que ça le passionne. Et bien, le cobaye de cette expérience ne manquera probablement pas de se questionner sur ce qu'il aurait pu faire à la place, ailleurs, si le destin en avait décidé différemment, s'il avait fait d'autres études, et si, et si...
Et il cogitera, plus ou moins selon l'individu, mais il cogitera. Et sa réflexion vagabonde et vaine entâchera impertubablement la quiétude qui aurait du lui rester naturelle.

Je connais une exception à cette règle.

C'est l'imbécile heureux. Et j'entends là non pas une insulte ou un manque de respect, mais bien un titre de noblesse. C'est celui qui sait apprécier un bonheur simple sans se poser de questions, disons qu'il n'y arrive pas puisque c'est un imbécile. Et alors là, son bonheur est complet. Oui mais voilà, ce n'est pas donné à tout le monde d'être un imbécile.

Non?

On en voit ici, sous les palmiers, des gens que j'admire, et je le dis sans ironie, capables d'être heureux au simple constat que tout est prévu jusqu'au soir, qu'il n'y a pas d'ombre au tableau pour la journée qui commence. Demain? Non mais quoi demain? Ca ne m'intéresse pas, moi, puisque  je vis aujourd'hui!

A méditer.


Posté par atitioua à 09:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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